Rappels sur la phrase

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Un rappel de cours issu de : http://www.lettres.net/cours/04-phrase.htm
 Techniques littéraires

LA PHRASE

Cours proposé par Annick LEVEAU <vitellus@ifrance.com>
Diffusé sur le site [LETTRES.NET] par Jeg

Sur le site Vitellus, d'Annick LEVEAU, une version destinée aux déficients visuels de ce même cours est disponible.

PLAN :

I. Rappel de notions fondamentales

1. Les types de phrases
a) Phrase verbale et phrase nominale
b) Phrase simple et phrase complexe

2. Les modalités énonciatives

a) La phrase déclarative
b) La phrase interrogative
c) La phrase exclamative
d) La phrase impérative

3. Modifications dans l'ordre des mots

4. Le rythme de la phrase

II. Applications

 

 

I. Rappel de notions fondamentales

1. Les types de phrases

a) Phrase verbale et phrase nominale

 

Une phrase verbale est toujours organisée autour d'un verbe, ou de plusieurs verbes.

Exemple : Nous révisons des notions de grammaire.

Une phrase nominale est une phrase construite sans verbe, autour d'un nom. On trouve des phrases nominales dans certaines questions ou exclamations, des titres ou encore des slogans.

Exemples : Voici une belle histoire. Quelle histoire ! Quelle histoire ?

L'emploi de la phrase nominale permet de mettre en valeur certains effets stylistiques : elle donne une impression de raccourci, d'accélération, qui permet de renforcer une idée ou une émotion. On la rencontre également dans des portraits ou des descriptions. Elle peut enfin mettre en valeur un adjectif ou un adverbe.

Exemple : Difficile, cette leçon !

b) Phrase simple et phrase complexe

- Une phrase simple s'organise autour d'un verbe, de son sujet et, éventuellement, de ses compléments ; il peut y avoir une seule proposition, indépendante, ou plusieurs propositions indépendantes juxtaposées (construites en parataxe) ou coordonnées (à l'aide d'adverbes de liaison ou de conjonctions de coordination). Dans ce cas, la phrase est dite composée.

Exemples :

Voici une phrase simple non composée :
Car enfin, qu'est-ce que l'homme, dans la nature ? (Pascal)

Voici une phrase simple composée avec parataxe :
"Je soulevai (la carafe) en la penchant sur mon verre ; rien ne coula." (Maupassant)

Voici une phrase simple composée avec coordination :
"Cependant je n'ai point étudié et j'ai fait cela tout du premier coup." (Molière
)

Une phrase complexe comprend une proposition principale et une ou plusieurs propositions subordonnées.

Exemple : Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où j'étais allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité." (Montesquieu)

Parmi les propositions subordonnées, on distingue

Les propositions subordonnées relatives

Les propositions subordonnées conjonctives complément d'objet de verbes de paroles, de sentiments ou de pensées

Les propositions subordonnées conjonctives compléments circonstanciels

Introduites par un pronom relatif et jouant le même rôle qu'un adjectif qualificatif

Introduites par que et remplaçant des paroles mises entre guillemets

Au même titre que les noms compléments circonstanciels

"Candide, tout transi, se traîna le lendemain vers la ville voisine, qui s'appelle Valdberghoff-trarbk-dikdorff". (Voltaire)

"Nomade ou sédentaire : je crois qu'une grande partie de l'histoire du monde tient à elle seule dans ces deux mots." (J. Lacarrière)

"Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit." (Baudelaire)

L'utilisation de phrases complexes donne plus de subtilité au discours que celle de phrases simples. La phrase complexe fait apparaître clairement des rapports temporels ou logiques entre une information principale et des informations secondaires, ou entre une idée et des arguments.

- Lorsque, dans un discours oral ou écrit, la phrase complexe est très développée, selon des règles de composition strictes, d'ordre logique et rythmique, on parle de période.

Une période est en général composée d'une protase (première partie et élément ascendant de la phrase), suivie éventuellement d'une antapodose ; puis d'une apodose (deuxième partie et élément descendant de la phrase), suivie éventuellement d'une clausule (clôture de la phrase).

Voici un exemple de période comprenant ces quatre phases :

Cependant, je ne pense pas que des malheurs prochains éclatent ; peuples et rois sont également recrus ; des catastrophes imprévues ne fondront pas sur la France ; ce qui me suivra ne sera que l'effet de la transformation générale. (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe).

 

2. Les modalités énonciatives

 

a) La phrase déclarative

Elle formule une déclaration qui peut être affirmative, négative, dubitative ou emphatique.

Voici quatre exemples pour illustrer ce point :

- Cécile est contente.

- Cécile n'est pas contente.

- Je doute que Cécile soit contente.

- C'est Cécile qui va être contente.

b) La phrase interrogative

Elle comporte souvent un pronom interrogatif ; l'ordre sujet-verbe peut y être inversé ; elle se termine à l'écrit par un point d'interrogation et par une intonation ascendante à l'oral.

Exemple : "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?" (Racine)

Certaines interrogations peuvent être des affirmations déguisées. On les appelle interrogations rhétoriques ou oratoires.

Exemple : Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie ? (La Bruyère)

Enfin, d'autres interrogations peuvent être des ordres atténués.

Exemple : (d'un parent à son enfant) "Peux-tu mettre le couvert s'il te plaît ?"

Notons aussi qu'il existe des interrogations totales (portent sur toute la phrase ou le verbe) et des interrogatives partielles (la question porte sur un seul élément de la phrase)

Exemples :
Est-ce que Pierre est venu hier soir ? (interrogative totale)
Qui est venu hier soir ? (interrogative partielle)

Enfin on pourra aussi distinguer les questions fermées (celles auxquelles on répond par oui ou par non) et les questions ouvertes (les autres)

c) La phrase exclamative

Elle comporte souvent un pronom exclamatif et se termine par un point d'exclamation à l'écrit et par une intonation descendante à l'oral.

Elle permet d'insister sur la force d'une émotion ou d'un sentiment.

Exemple : "Comment, ma petite maman est morte !" (Stendhal)

d) La phrase impérative

Elle exprime un commandement, un conseil ou un souhait. On y utilise l'impératif ou le subjonctif.

Exemples : Ouvrez vos livres à la page 5.

 

3. Modifications dans l'ordre des mots

Les modalités énonciatives mettent déjà en valeur l'intention de celui qui parle. Mais, pour modifier de manière expressive la phrase, on peut aussi avoir recours à des changements dans l'ordre des termes de la phrase : on mettra ainsi en valeur une information, une émotion, une idée ; on créera un effet de surprise ou encore on imitera le langage parlé. Trois procédés sont employés de manière récurrente :

- L'antéposition d'un complément ou d'un adjectif :

Exemple : Ce livre, je l'adore.

- L'inversion du sujet

"Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon..." (Balzac)

- La mise en relief par "c'est que", par un autre présentatif ou par une tournure impersonnelle :

Exemple : "C'est une mère qui te berce, c'est un cuisinier qui sale ta soupe..." (Tournier)

 

4. Le rythme de la phrase

Dans une phrase de la littérature classique, on reconnaît deux rythmes essentiels : le rythme binaire (phrase composée de deux membres) et le rythme ternaire (phrase composée de trois membres). Le rythme binaire traduit souvent un équilibre, une harmonie, alors que le rythme ternaire donne plutôt une idée d'abondance ou d'amplification.

Si les membres de phrase vont du plus long au plus court, on parlera de cadence mineure ; si, au contraire, ils vont du plus court au plus long, on parlera de cadence majeure.

Voici deux exemples :
- Si j'eusse été Sylla, la gloire ne m'aurait jamais pu donner le repos et la félicité. (Chateaubriand) (phrase binaire, cadence majeure)
- Les scènes de demain ne me regardent plus ; elles appellent d'autres peintres : à vous, messieurs. (Chateaubriand) (phrase ternaire, cadence mineure)

 

II. Applications

 

1. Remplacez chacune des phrases simples composées suivantes par une phrase complexe.

a) "Vous n'êtes point gentilhomme, vous n'aurez point ma fille." (Molière)
b) Laissez les enfants jouer ; ils ne se disputeront pas.
c) L'enfant avait beaucoup grandi ; son oncle ne le reconnut pas.
d). Cette loi me paraît saine, mais il faut y faire quelques aménagements.
e) J'attendais depuis une heure ; l'avion décolla enfin.
f) On n'a pas pu compter les moutons, ils étaient trop nombreux.

2. Montrez que les modalités énonciatives conviennent au genre des textes suivants.

Texte 1

La jeunesse de Louis XV

Au début de 1723, Louis XV, devenu majeur, est déclaré roi. Mais jusqu'en 1743, il se décharge du pouvoir, d'abord sur le Régent puis sur le duc de Bourbon, enfin sur son ancien précepteur, Fleury. Fleury s'efforce de maintenir la paix afin de favoriser l'enrichissement du pays.

Texte 2

Haricots verts à l'italienne
Dans une cocotte en fonte, faites blondir les oignons hachés dans l'huile ; ajoutez les tomates pelées et coupées ; laissez cuire dix minutes, puis mettre les haricots verts, l'ail haché, le sel, le poivre, le thym et le laurier.

Texte 3

Néfaste "food"
Cette civilisation du "Mac Do", qui va de pair, selon les sociologues, avec l'augmentation du nombre de personnes vivant seules et avec l'accroissement de la proportion des femmes qui travaillent, peut-elle avoir des conséquences sanitaires néfastes ? Va-t-on bientôt s'apercevoir que fast-food rime avec artériosclérose, cancer, obésité ou déficit en vitamines ?

Texte 4

Psaume 32

Heureux celui à qui la transgression est remise,
À qui le péché est pardonné !
Heureux l'homme à qui l'Éternel n'impute pas l'iniquité,
Et dans l'esprit duquel il n'y a point de fraude !

3. Quelle est la fonction des phrases interrogatives dans l'extrait suivant ? Montrez également la présence de tournures exclamatives ou impératives dans ce passage et dégagez leur valeur.

Octave est amoureux d'une femme plus âgée que lui, dont il est en même temps jaloux. Celle-ci lui reproche ici les tourments qu'elle endure et dont il est la cause.

- Faut-il donc le dire ? faut-il donc que vous le sachiez, que depuis six mois je ne me suis pas couchée un soir sans me répéter que tout était inutile et que vous ne guéririez jamais, que je ne me suis pas levée un matin sans me dire qu'il fallait essayer encore, que vous n'avez pas dit une parole que je ne sentisse que je devais vous quitter, et que vous ne m'avez pas fait une caresse que je ne sentisse que j'aimais mieux mourir, que jour par jour, minute par minute, toujours entre la crainte et l'espoir, j'ai mille fois tenté de vaincre ou mon amour ou ma douleur, que, dès que j'ouvrais mon coeur près de vous, vous jetiez un coup d'oeil moqueur jusques au fond de mes entrailles, et que, dès que je le fermais, il me semblait y sentir un trésor que vous seul pouviez dépenser ? Vous raconterai-je ces faiblesses, et tous ces mystères qui semblent puérils à ceux qui ne les respectent pas ? que, lorsque vous me quittiez avec colère, je m'enfermais pour relire vos premières lettres ; qu'il y a une valse chérie que je n'ai jamais jouée en vain lorsque j'éprouvais trop vivement l'impatience de vous voir venir. Ah ! malheureuse, que toutes ces larmes ignorées, que toutes ces folies si douces aux faibles te coûteront cher ! Pleure, maintenant ; ce supplice même, cette douleur n'a servi de rien.

Musset, La Confession d'un enfant du siècle.

 

4. Dans l'extrait suivant, étudiez les effets de rythme produits par l'organisation des phrases.

 

Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation me plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l'instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m'offrait l'image : mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et par le signal convenu je ne pouvais m'arracher de là sans effort.

Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, cinquième Promenade


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