Ame perdue

Publié le par les jeunes écrivains

Ame perdue

 

            « Nous réunissons notre tristesse en ce jour gris et froid en l’hommage de Noé Macburry décédé il y a quelques jours … »

Et le prêtre continuait sa cérémonie avec un ton sinistre et grave. Certaines personnes pleuraient, d’autres ne disaient rien mais ils avaient en eux une profonde tristesse. Son départ prématuré les rendait tous malheureux. Quand la cérémonie fut terminée, beaucoup de fleurs furent jetées sur sa tombe et chacun repartit avec beaucoup de chagrin. Noé était un brave homme, toujours généreux avec les autres et personne au monde n’avait de raisons de le détester.

 

Seulement quelques jours après ce drame, Timéo, un grand ami de Noé ne se remettant pas de sa mort, songeait, seul devant son verre aux moments heureux passés ensemble. Un événement surprenant le sortit de ses pensées. Un homme, un peu âgé, venait de rentrer dans le bar. Timéo le dévisagea. Cela le troubla, car cet homme, qui était venu s’asseoir à côté de lui, avait quelque chose dans son regard et ses gestes qui le perturbait. Mais qu’est-ce que c’était ?

 

                                     

C’était décidé, il voulut en savoir plus sur cet homme. Ce dernier était grand, baraqué, brun et ses yeux étaient verts. Il engagea la conversation avant que Timéo puisse s’exprimer.

-« Seul ? 

- Oui, seul et triste ! répondit Timéo d’un air cafardeux.

- Sans vouloir être indiscret, pourquoi êtes-vous triste ?

- Je viens de perdre l’un de mes amis et je ne m’en remets pas.

- Alors, nous sommes dans la même situation.

- Vous aussi, vous avez perdu quelqu’un ?

- Oui, en quelque sorte. A la prochaine. »

 L’homme laissa sur le comptoir quelques pièces et sortit. Il n'avait pas touché à son verre. Timéo ne connaissait rien de cet homme, ni son âge ni même son nom.

Plusieurs jours passèrent et Timéo ne vivait plus comme avant. En se levant, il n’avait plus l’enthousiasme d’auparavant. Ses journées lui semblaient interminables et sa vision de la vie devint négative et pessimiste. Un matin, en allant travailler, il croisa l’homme si mystérieux du bar. L’homme salua Timéo et lui proposa de le rejoindre le soir même où ils s'étaient rencontrés. La journée passa lentement comme d’habitude et Timéo était pressé de connaître un peu plus cet inconnu.

 

 Le moment venu, quand Timéo entra dans le bar, son rendez-vous était déjà arrivé. Il y avait une atmosphère sinistre, la fumée envahissait le lieu et tout le monde parlait très fort. D’après le nombre de verres posés sur le comptoir, Timéo était en retard. Il s’assit à coté de lui et n’osa pas lui proposer un autre verre. Tous deux discutèrent longuement. Ils ne virent pas les heures passer. Ils sortirent tard dans la nuit. Il faisait froid, les volets des maisons étaient fermés et les rues étaient sans vie. Timéo était heureux d’avoir rencontré cet homme. Il parvenait à combler l’absence de Noé par sa seule présence.

 

 Ils se virent plusieurs jours de suite. Mais, alors qu’ils avaient rendez-vous le dimanche, son nouvel ami ne vint pas. Il l’aperçut pourtant non loin du bar, mais il ne parut pas le reconnaître. Timéo s’approcha, interloqué :

-« Salut, ne t’en fais pas, je ne t’en veux pas pour ton retard.

- Qui êtes-vous ?, je ne vous connais pas !

- Mais si, c'est moi, la personne à qui tu t’es confié pendant presque une semaine ! Tu ne me reconnais pas, Timéo, moi qui ai perdu mon ami ! Tu me fais marcher ou quoi?

- Arrêtez ce petit jeu, ce n’est en aucun cas drôle ! » Timéo laissa la personne s’en aller et resta sans parole.

 

Un lundi matin, pendant que Timéo déjeunait dans sa cuisine, quelqu’un frappa à la porte.  Il se leva pour aller ouvrir, mais derrière il n’y avait personne. Rien qu’une lettre qu’il attrapa et qu’il ouvrit. Sur cette lettre était simplement écrit : « Cimetière ». Et le jour de l’enterrement de Noé refit surface.

 

Les nombreuses fleurs sur la tombe, les paroles du prêtre et les pleurs des gens, il s’en souviendrait toute sa vie.

Quand il revint à la réalité, il se dit que la lettre n’avait pas atterri au pied de sa porte toute seule. Qui avait pu la déposer là ? Il regarda aux alentours et ne vit personne. Timéo appela son patron pour le prévenir de son absence et il décida d’aller au cimetière. Arrivé sur place, il descendit de sa voiture et crut qu’il n’aurait jamais la force de retourner sur la tombe de son ami. Le cimetière était silencieux, peu de personnes y reposaient. Timéo était seul, il se sentit méprisable de ne pas être venu plus tôt sur la tombe de Noé. Il avançait sur la longue allée recouverte de sable. Il savait exactement où se trouvait sa tombe. Il s’attendait à voir des fleurs et une tombe bien entretenue, mais, à la place, il y vit un caveau nu. Au pied de la stèle, il découvrit un minuscule bout de papier sur lequel on pouvait lire sur le même support que la lettre reçue : « Content de tavoir rev! »  

 


 

 

Publié dans Concours 3°

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