Le soul eater

Publié le par les jeunes écrivains

 

LE SOUL EATER


Cinq heures et demie. Je m’ennuyais ferme dans mon bureau. Plus qu’une demi-heure et je pourrais enfin sortir de cet immeuble. En ce moment, le boulot manquait. Il faut dire que j’étais spécialisé dans les enquêtes insolubles qui atterrissaient sur mon bureau après être passées entre les mains de plusieurs inspecteurs n’ayant pas réussi à les résoudre. Pour passer le temps, je lisais mon livre préféré : « Le chien des Baskerville ». Je m’arrêtais de lire pour regarder l’heure. Cinq heures cinquante-huit. Parfait, je pouvais rentrer chez moi. Le chef n’allait quand même pas grogner pour deux minutes. Quoique, il était du genre à chercher la petite bête.

Je rentrai en métro. C'est fou le monde qu'il peut y avoir à cette heure. Une fois arrivé à la bonne station, je rentrai à pied. Arrivé à la maison, je regardai la télé. Je zappai, sachant qu’il n’y avait rien. Mais bon, on ne sait jamais. Puis je mangeai. Que la vie était bien monotone, sans femme, ni enfants, ni enquêtes à résoudre.

Je me couchai, lisant quelques pages avant de dormir. Mes paupières étaient lourdes. Je m’endormis.


Soudain, je me réveillai, alerté par des cris. Quelqu’un frappait furieusement à la porte.

« -Eric ! Eric ! Ouvre-moi."

Je me levai et allai ouvrir.

-Charlie, il est deux heures du mat. Qu’est ce que tu fous là ? demandai-je, baillant aux corneilles.

-Viens vite chez moi, habille-toi et viens, me dit-il essoufflé.

-Pourquoi ?

-Parce que. Allez dépêche-toi ! »

Je courus m’habiller et le suivis jusqu’à sa Honda Civic. Nous montâmes dans sa voiture. Qu’est-ce que j’avais sommeil. Pourquoi fallait-il toujours qu’il vienne en pleine nuit celui-là. Arrivés chez lui, nous entrâmes dans son garage. Une veille deux- chevaux trônait au milieu d’un bric-à-brac. Quel bordel ! La voiture était en piteux état : peinture rouillée, carrosserie cabossée, pneus crevés et j’en passe. Une vraie épave.

« -Tu vas enfin m’expliquer pourquoi tu es venu me réveiller ? m’exclamai-je, énervé.

-Il paraît qu’en ce moment, t’as pas de boulot. J’vais t’en procurer.

-Et comment ?

-Monte dans la voiture. Celle là bien sûr, me dit-il en montrant la deux-chevaux.

-Rêve. 

-Je te préviens quand même, tu n'es pas au bout de tes surprises.»


Charlie monta dans la vieille voiture et attendit. Je me résignai et le rejoignis. Il appuya sur des boutons et une lumière blanche entoura la voiture. Une lumière blanche qui disparut aussitôt. Et nous nous retrouvâmes dans une ruelle.

« -Où on est ? C'est quoi cette histoire de malade?, m’écriai-je, paniqué.

-Dans le futur, me dit-il, paisiblement. Suis-moi. »

J’était trop abasourdi pour me moquer. Nous entrâmes dans un tribunal et nous nous installâmes dans une salle. Un homme indiqua que le procès allait commencer. Mais quel procès ? Et de qui ? Et puis qu’est ce qu’on faisait ici ? Je posai la question à Charlie. Ce dernier ne me répondit pas. Donc j’attendis patiemment. Puis Charlie daigna m’adresser la parole.

« -Reste les yeux rivés sur l’accusé. »

J’obéis. Le procureur énonçait les actes d'accusation d'une voix monocorde et j'essayais de me concentrer sur l'homme voûté dans le box, qui avait l'air de se demander lui aussi ce qu'il faisait là. Pourtant, d'après ce que disait le proc, il avait éventré quinze femmes, et n'éprouvait aucun remords. J'étais outré et faillit le huer à voix haute, mais dans la salle tout le monde semblait retenir son souffle. Cet homme flasque dans le box qui se voulait étranger à la scène méritait une sentence terrible. Tout à coup, un homme entièrement habillé de noir apparut, une faux au manche métallique et à la lame rouge et noire. La lame de la faux traversa l’accusé dont le corps se désintégra. Ou plutôt qui fut aspiré par la faux. Les gardes se ruèrent sur le tueur. Soudain une lumière blanche aveuglante se dégagea de la faux. Quand la lueur se dissipa, l’homme avait disparu.

Je tremblai. Nous sortîmes du tribunal et nous remontâmes dans la voiture. Charlie s’expliqua :

« -Bon. Calme-toi. Voici le topo : la deux-chevaux peut voyager dans le temps. Nous sommes le 12 mars 2112, à Aurillam. L’homme en noir est surnommé Black-Killer. Il possède le Soul Eater, la faux mangeuse d’âmes. C’est pourquoi le corps de l’accusé a disparu. Le Black-Killer s’attaque aux criminels. Mais personne n’arrive à le coincer. C’est pour ça que je suis venu te chercher. Comme tu n’as plus d’affaires à résoudre, ça peut t’occuper. 

-Si tu le dis. On va où maintenant ? demandai-je.

-Demain à quinze heures, le Black-Killer réapparaîtra au tribunal de Tingabourg.

-Donc si j’ai bien compris on va aller à « demain, à quinze heures ? »

Charlie acquiesça. Il appuya sur les boutons du tableau de bord. Je remarquai le petit tableau d’affichage où s’inscrivait : « 13 mars 2112, 14h50, Tingabourg ». Le halo de lumière enveloppa la voiture.


Nous étions juste en face du tribunal. Nous entrâmes dans la salle vide. Charlie me conseilla une cachette pour coincer le tueur : le petit placard dans le bureau du juge. Charlie alla s’asseoir dans la salle. Des personnes entrèrent dans la salle, le procès commença. De la sueur perlait sur mon front jusque dans mes yeux. J'entendais les bourdonnements des voix sans me concentrer dessus. J’attendais que le tueur réapparaisse. Je n’eus pas à attendre longtemps. Le Black-Killer se tenait derrière l’accusé. Mettant le plan de Charlie à exécution, je bondis de ma cachette, crochetai la manche de l’assassin et lui retirai sa capuche. Je fus surpris. Le tueur aussi. Il se désintéressa de sa victime. Je vis ses lèvres bouger. La faux se mit en action. Je ne réagis pas. Je vis sa lame traverser mon corps. Un frisson me parcourut. Je vis Charlie se jeter sur l’assassin. L’obscurité m’enveloppait peu à peu. Ma dernière vision de ce monde fut le visage de l’assassin. Ce visage qui me ressemblait tant.

Publié dans Concours 3°

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Marie.L 07/12/2009 18:59


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